Culture & aménagement
Au moment où la transition écologique impose de repenser la manière dont nous habitons, construisons et transformons nos territoires, la question de l’art et de la culture comme levier d’un aménagement plus durable prend une dimension nouvelle. L’acte ou la présence artistique, tout comme les pratiques culturelles, s’impose progressivement comme une ressource à part entière pour transformer la ville et les territoires. Dès lors, comment ces outils, ces acteurs et ces métiers peuvent-ils converger pour contribuer à la construction d’un cadre de vie sobre, inclusif et résilient ?
C’est dans ce contexte qu’a été lancé la démarche d’expérimentation Culture & Aménagement, initiée conjointement par le ministère de la Culture et le ministère de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation. Son ambition repose sur deux axes complémentaires et en interaction :
Axe 1. Constituer une scène de dialogue pour se rencontrer, se comprendre et faire et penser ensemble la ville avec le levier artistique et culturel.
Axe 2. Accompagner quelques opérations pilotes, afin de mieux comprendre comment l’art peut s’inscrire au cœur des projets d’aménagement et d’architecture.
« L’existant, ressource à cultiver » : retour sur l'Atelier interprofessionnel des Hauts-de-France
Le 1er avril 2026, près de 120 professionnels de l’aménagement, de l’architecture, de la création artistique et de l’action culturelle se sont réunis à la Condition Publique à Roubaix à l’occasion du second atelier interprofessionnel du programme Culture & Aménagement. Porté par le ministère de la Culture et les ministères de la Transition écologique, de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, de la Ville et du Logement, et opéré par le GIP Europe des projets architecturaux et urbains, ce programme s’adresse aux professionnels qui conçoivent, pilotent ou accompagnent des projets urbains et architecturaux, afin de mieux intégrer l’art et la culture dans leurs démarches, au service des transitions écologiques et sociales.
Intitulée « L’existant, ressource à cultiver », cette rencontre, co-construite avec le Mouvement de l’urbanisme culturel, s’inscrivait dans un contexte marqué par la montée en puissance des enjeux de sobriété foncière, de réhabilitation du bâti et de requalification des espaces déjà-là. Dans ce cadre, l’enjeu n’est plus seulement de produire la ville, mais de la transformer à partir de ses héritages, de ses usages et de ses imaginaires. Cela implique également de révéler des dimensions souvent invisibles des territoires (patrimoines immatériels, mémoires locales, pratiques sociales, sociologie des lieux), qui peinent parfois à être appréhendées par les seuls outils techniques de l’aménagement.
Une journée pensée pour partager et s’outiller
La journée s’est ouverte par les interventions de la sous-préfète du territoire roubaisien,Samira Alouane, puis des directrices adjointes de la DREAL Hauts-de-France, Anne-Lorraine Lattraye, et de la DRAC Hauts-de-France, Estelle Guilles des Buttes. Une ouverture scientifique assurée par Léa Donguy, docteure en géographie de l’art, a permis de souligner la convergence actuelle propice entre création artistique, fabrique de la ville et transitions.
Les participants se sont ensuite réunis dans la salle de spectacle de la Condition Publique pour une séquence plénière organisée sous la forme d’un débat inversé, donnant la parole en priorité aux participants. Ce format a permis de faire émerger des questionnements directement issus des pratiques professionnelles, en croisant les regards d’acteurs de la fabrique urbaine et du champ culturel, mais aussi de collectivités. L’après-midi, quatre ateliers en parallèle, organisés en format de codéveloppement, ont ensuite permis de mettre en dialogue des projets en phase d’amorçage avec des démarches plus avancées issues du territoire des Hauts-de-France.
La journée s’est poursuivie par une balade urbaine commentée par Yoan Miot, offrant un éclairage sur les spécificités de la ville de Roubaix, avant de rejoindre le monastère des Clarisses. Le projet d’occupation Saisons Zéro y expérimente depuis 2019 des manières de réhabiliter le patrimoine existant à partir de techniques d’aménagement sobres, peu consommatrices d’énergie et économes en matériaux, tout en recherchant un haut niveau de confort thermique. Enfin, la conférence-spectacle de l’Agence nationale de psychanalyse urbaine a proposé une lecture sensible du territoire en mettant Roubaix « sur le divan ».
Grands enseignements et leviers identifiés
Les échanges ont fait émerger plusieurs lignes de force structurantes pour l’action publique et les professionnels. D’abord, la nécessité d’intégrer les démarches artistiques en amont des projets, non comme un complément, mais comme un levier critique capable de questionner les cadres établis et de renouveler les modes de conception. L’artiste y apparaît moins comme producteur d’œuvres que comme opérateur de transformation des processus.
Les échanges ont également mis en évidence le rôle renouvelé de l'artiste dans les projets architecturaux. Présenté comme porteur d'une expertise au même titre qu'un bureau d'étude classique, il agit comme un opérateur critique capable de questionner la commande et d'ouvrir de nouvelles possibilités de conception. Cette collaboration contribue à hybrider les pratiques pour permettre aux architectes de porter des projets plus ambitieux. La participation de l'artiste permet à l'architecte de pousser plus loin certaines intentions de projet, et les légitimes face aux décideurs en « collectivisant » l'acte même de la conception.
Ensuite, l’importance de ménager des espaces d’incertitude et d’expérimentation, à rebours de logiques strictement programmatiques, est apparue centrale. Les tiers-lieux, l’urbanisme transitoire ou encore les démarches itératives permettent d’éprouver les usages dans le temps long et de révéler des potentiels souvent invisibles dans les cadres classiques d’aménagement.
La question de la place des habitants a également été au cœur des échanges. Les discussions ont souligné la nécessité de dépasser les logiques de concertation descendante pour reconnaître une véritable expertise d’usage, voire des formes de maîtrise d’ouvrage habitante, condition d’une meilleure acceptabilité et d’une inscription durable des projets dans les territoires.
Enfin, plusieurs interventions ont mis en évidence les tensions entre innovation et cadre réglementaire. Plutôt que de les opposer, les participants ont appelé à développer une capacité collective à faire évoluer les outils, en travaillant davantage sur les méthodes et les processus que sur les normes elles-mêmes, afin de permettre l’émergence de pratiques plus hybrides et adaptées aux enjeux contemporains.
Des actes de capitalisation seront prochainement diffusés pour approfondir ces enseignements et partager les outils issus des ateliers.
Dans la continuité de la feuille de route du programme Culture & Aménagement pour 2026, un troisième atelier interprofessionnel se tiendra en Auvergne-Rhône-Alpes entre juin et juillet (date à venir).
Pour suivre l’actualité du programme, rendez-vous sur la page LinkedIn du GIP EPAU.